Je suis un mal.
Le plus cruel de tous car je suis un mal sans espérence.
Le plus terrible car je suis un mal qui se chérit lui-même
Et repousse la coupe salutaire jusque dans les mains de l'amitié.
Je suis un mal qui fait pâlir les lèvres
sous des poisons plus doux que l'ambroisie,
Et qui fond en une pluie de larmes le coeur
le plus dur comme la perle de Cléopâtre.
Je suis un mal que tous les aromates,
toute la science humaine ne sauraient soulager.
Un mal qui se nourrit du vent qui passe,
du parfum d'une rose fanée, du refrain d'une chanson
Et qui suce l'éternel aliment de mes souffrances
dans tout ce qui m'entoure,
Comme une abeille butine son miel dans tous les buissons d'un jardin,
Que celui qui est digne de me prononcer le dise,
Que les rêves de vos nuits, que ces orangers verts,
cette fraîche cascade vous l'apprennent,
Que vous puissiez le chercher un beau soir...
Vous me trouverez sur vos lèvres, mon nom n'existe pas sans moi.
Je suis un mal, plus beau que le jour, je détiens la noblesse d'un lion,
Je suis la couleur d'une rose épanouie,
Je suis plus jeune que ne pourrait vous rendre l'eau de jouvence,
Plus pure que tous les cristaux de l'océan,
plus innocent qu'une danse de la pluie.
Je suis le plus doux à entendre,
mais je suis pourtant plus triste que la mort depuis le jour
Où je ne suis plus partagé.
Je suis l'amour.